Prix & offre
Le premier chiffre que tu prononces devient la référence de tout le reste
En fiscalité, j'ai remarqué un truc bête : le premier chiffre que je posais dans un rendez-vous décidait de toute la conversation. Si j'ouvrais par « tu paies 12 000 euros d'impôts en trop », tout le reste se jugeait par rapport à ça, et mes honoraires paraissaient dérisoires. Si j'ouvrais par mes honoraires, ils paraissaient énormes. Même dossier, même prix, deux ambiances opposées, à cause du premier nombre.
On croit que seul le prix compte, et qu'il faut soigner ce chiffre-là. En réalité, TOUS les chiffres d'un appel s'ancrent, et le premier que tu prononces cadre la lecture de tous les suivants. Voici comment choisir tes chiffres et leur ordre, et pourquoi ça pèse plus que tu ne crois.
L'essentiel
Le premier chiffre que tu prononces dans un appel devient la référence à laquelle le prospect juge tout le reste, et ça ne vaut pas que pour le prix. Un résultat, un délai, un volume, un nombre de clients : le premier nombre posé cadre la conversation. Le premier chiffre pertinent que tu poses tire toute l'estimation vers lui, c'est un des effets les mieux répliqués de la psycho (d≈0,88). Un chiffre sorti au hasard, sans rapport avec ce que tu vends, n'ancre pas : vise un chiffre ambitieux mais crédible. Et les chiffres précis ancrent plus fort que les ronds. Donc choisis quel chiffre poser en premier, pose ton meilleur résultat avant ton prix, et ne laisse jamais le prospect ancrer à ta place.
L'hypothèse de départ
Le seul chiffre qui compte dans une vente, c'est le prix. C'est lui qu'il faut soigner, le reste des chiffres que je cite n'a pas vraiment d'importance.
C'est ce que je pensais. Or n'importe quel chiffre s'ancre, et le premier que tu poses, prix ou pas, teinte la perception de tout ce qui suit.
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Le premier chiffre fait la loi§
On a vu, à propos de l'ordre des offres, que le premier prix sert de référence. Élargissons, parce que le phénomène est bien plus vaste : ce n'est pas seulement le premier PRIX qui ancre, c'est le premier CHIFFRE, quel qu'il soit. Dès que tu prononces un nombre, le cerveau du prospect s'en saisit et l'utilise comme point de départ pour juger tout ce qui vient après.
Le mécanisme est l'ancrage, décrit par Kahneman et Tversky en 1974. Face à une estimation à faire, on part du premier nombre disponible et on ajuste à partir de lui, sans jamais s'en éloigner assez. Le premier chiffre pose un piquet dans le sol, et toute la suite de la conversation reste attachée à ce piquet, qu'on le veuille ou non.
La conséquence est immense et sous-estimée. Chaque nombre que tu poses en début d'appel, un résultat que tu cites, une durée, un nombre de clients accompagnés, un pourcentage, devient un piquet. Si tu ouvres par un chiffre qui écrase, tout paraît petit ensuite. Si tu ouvres par un chiffre modeste, tout paraît grand. Tu ne peux pas empêcher le prospect d'ancrer, mais tu peux décider sur quel chiffre.
Retiens donc cette idée avant tout : sur un appel, tu sèmes des chiffres, et le premier compte pour beaucoup plus que les autres. La plupart des gens sèment leurs chiffres au hasard, sans penser à l'ordre ni à l'effet du premier. Ceux qui vendent le mieux choisissent, consciemment, quel nombre ils posent en premier, parce qu'ils savent que ce piquet-là tient toute la conversation.
Ce qui ancre vraiment : un chiffre crédible§
Est-ce qu'un chiffre lâché au hasard suffit à influencer un prospect malin ? On l'a longtemps cru, et ce blog l'a répété. La recherche récente tranche plus finement. L'ancrage standard, celui où tu fais comparer une estimation à un premier chiffre pertinent, est un des effets les mieux établis de toute la psychologie : la méta-analyse de Schley et Weingarten (2024, Management Science), sur 2 601 tailles d'effet, le mesure à d≈0,88, robuste même après correction du biais de publication. Ça, c'est du solide : quand tu poses le premier chiffre de la conversation, il tire l'estimation du prospect vers lui.
Il y a une condition que le vieux discours passait sous silence : le chiffre doit être plausible et porter sur la même dimension que ce que le prospect estime. Un nombre vraiment sorti au hasard, sans rapport avec ce que tu vends, n'ancre pas de façon fiable. Quand Shanks, Barbieri-Hermitte et Vadillo (2020, Collabra) ont testé des ancres hors-sujet sur des estimations de prix, ils n'ont trouvé aucun effet. Le cerveau n'attrape pas n'importe quel nombre qui traîne : il retient celui qu'il peut traiter comme un candidat de réponse.
Tu as peut-être lu l'histoire des juges à qui on faisait lancer des dés avant de fixer une peine (Englich, Mussweiler et Strack, 2006), ou celle des enchères qui montaient avec les 2 derniers chiffres d'un numéro de sécurité sociale. Ces expériences ont fait le tour du monde, mais leur version « chiffre totalement au hasard » ne tient plus. Li et ses collègues (2025, Economic Inquiry) montrent qu'en repassant ce type d'étude d'une puissance statistique de 46 % à 96 %, l'effet fond : il chute de 31 % à 3,4 %, un intervalle qui inclut zéro. Ces effets vedettes étaient surestimés d'un facteur 2 environ. Range-les au rayon des anecdotes historiques, plus au rayon des preuves.
La recherche la plus large sur la question chiffre ce double tranchant. Petrowsky et ses collègues (2025, Organizational Behavior and Human Decision Processes) ont rassemblé 90 études, 374 expériences et près de 16 000 participants : dans 81 % des négociations, poser en premier une offre plus haute améliore le résultat final. En moyenne, oser l'ancre haute paie. La même analyse pointe le revers, et c'est lui qui doit te garder honnête : une première offre trop extrême fait grimper les ruptures et abîme la relation pour la suite. Viser haut te sert tant que ton chiffre reste défendable, et se retourne dès qu'il vire au grotesque.
Et cette fois, ce n'est plus le laboratoire qui parle. Schweinsberg et ses collègues (2023, PNAS) ont épluché plus de 26 millions de négociations réelles sur eBay : la première offre de l'acheteur tire le prix de vente final vers le bas de façon linéaire, l'ancrage tient donc grandeur nature, loin des conditions artificielles du labo. Le prix se règle d'ailleurs bien plus près de l'offre de l'acheteur (concession de 13,56 %) que du prix affiché (concession de 86,44 %), signe que celui qui pose le chiffre de départ rafle l'essentiel du terrain. Mais la même étude plante le garde-fou : le risque de blocage, lui, ne grimpe pas de façon linéaire, il s'envole dès que l'offre devient trop agressive, et l'offre gagnante tourne en moyenne autour de 80 % du prix demandé. Ton premier chiffre est donc un curseur à doser, jamais un « toujours plus loin ».
Le chiffre
Dans 81 % des négociations analysées (90 études, 16 000 participants), celui qui pose la première offre plus haut obtient un meilleur résultat final. À une condition tenue par la même étude : que le chiffre reste crédible. Trop agressif, il fait fuir et casse la relation.
La leçon pour toi change donc de forme. Renonce à balancer un gros chiffre choc ou grotesque en espérant qu'il ancre par magie : un chiffre invraisemblable ne déplace rien et casse juste ta crédibilité. Ce qui pèse vraiment, c'est d'être le premier à poser le chiffre de référence, et qu'il soit défendable : ton meilleur résultat réel, le coût plausible du problème, la vraie valeur de marché. Un chiffre ambitieux mais crédible tire toute la suite vers lui. Un chiffre sorti de nulle part, non.
D'où je parle
Mon métier d'avant, c'était fiscaliste. Dans un dossier, le premier montant posé oriente toute la lecture qui suit, y compris celle d'un contrôleur : l'ordre de présentation change ce qu'on croit voir. En vente, c'est exactement pareil, sauf que le premier chiffre est souvent lâché par accident, au milieu d'une phrase de politesse.
Tous tes chiffres comptent, le prix comme le reste§
Concrètement, quels sont les chiffres que tu poses sur un appel, en dehors du prix ? Il y en a beaucoup plus que tu ne crois. Le nombre de clients que tu as accompagnés. Le résultat qu'ils obtiennent, en euros, en pourcentage, en temps gagné. La durée de ton accompagnement. Le délai avant les premiers résultats. Le nombre de places que tu ouvres. Ton taux de réussite. Chacun de ces nombres est une ancre potentielle qui va colorer la perception de ton offre.
Prends un résultat client. Dire « mes clients gagnent en moyenne 3 000 euros de chiffre en plus par mois » plante une ancre de valeur élevée : à côté de 3 000 par mois, ton prix unique de 4 000 paraît vite rentabilisé. Ne pas citer ce chiffre, ou citer un résultat vague, laisse le prospect sans ancre de valeur, donc seul face à ton prix, qu'il jugera alors dans le vide. Le bon chiffre de résultat, posé tôt, travaille pour ton prix.
Prends la durée. « En 90 jours, on règle ça » ancre une temporalité courte et rassurante. « Ça prend en général un an ou deux » ancre un engagement long qui peut faire hésiter. Le contenu peut être le même, mais le premier chiffre de durée que tu poses cadre la perception de l'effort à fournir. Choisis de mettre en avant la temporalité qui sert ton offre, sans jamais mentir sur la réalité.
L'erreur classique, c'est de réserver toute son attention au prix et de lâcher les autres chiffres au hasard, voire de commencer par les mauvais. Quelqu'un qui ouvre son appel par « je débute, j'ai accompagné 4 personnes » plante une ancre de faible expérience qui plombe tout le reste, même si son offre est excellente. Chaque chiffre est une décision. Le premier surtout.
Quel chiffre poser en premier§
Puisque le premier chiffre cadre tout, la question devient : lequel choisir pour ouvrir ? La règle est simple. Pose en premier le chiffre le plus valorisant et le plus grand que tu puisses honnêtement citer, celui qui installe une ancre haute de valeur. En général, c'est ton meilleur résultat client, ou le coût du problème que tu résous, jamais ton prix ni une limite de ton expérience.
L'ordre idéal des chiffres suit une pente, du plus valorisant au plus engageant. D'abord ton meilleur résultat, qui ancre la valeur et donne envie. Ensuite, pendant la découverte, le coût du problème du prospect, qu'il chiffre lui-même, et qui devient l'ancre du besoin. Ces 2 ancres, valeur et coût, sont hautes. C'est seulement une fois ces piquets plantés que tu abordes les chiffres de prix, qui paraissent alors petits par comparaison.
Ce qu'il ne faut jamais poser en premier, ce sont les chiffres qui rapetissent : ton prix nu, sans contexte de valeur, ou un chiffre qui trahit un manque, « je n'ai que 3 clients », « je fais ça depuis 6 mois ». Garde ces nombres pour plus tard, dans un cadre déjà installé, ou reformule-les. « Je fais ça depuis 6 mois » peut devenir « j'ai déjà obtenu tel résultat précis », qui déplace l'attention du temps vers la preuve.
En pratique, avant chaque appel, demande-toi : quel est le chiffre le plus fort que je vais citer, et est-ce que je le pose assez tôt ? Si ton meilleur résultat n'arrive qu'à la fin, après le prix, tu as gâché ton ancre la plus précieuse. Fais-le remonter. Le premier chiffre fort que le prospect entend devrait être une raison de te choisir, pas un obstacle.
Sur le prix lui-même, la façon de poser le chiffre compte autant que le chiffre. Une étude de Daniel Ames et Malia Mason (2015, Journal of Personality and Social Psychology) montre qu'annoncer une fourchette, par exemple « entre 7 200 et 7 600 € », améliore souvent les conditions obtenues sans abîmer la relation, là où on croit devoir choisir entre l'un et l'autre. Le prospect lit les deux bornes comme le signal de ta limite basse, et il juge moins poli de contre-proposer sous la fourchette. Concrètement, une fourchette ancrée haut et resserrée cadre le budget tout en gardant l'échange coopératif, alors qu'un chiffre unique appelle mécaniquement le marchandage vers le bas.
Le pouvoir des chiffres précis§
Un raffinement qui change beaucoup : la précision de tes chiffres pèse autant que leur valeur. Les chercheurs Chris Janiszewski et Dan Uy ont montré en 2008 que les ancres précises tiennent plus fort que les ancres rondes. Une ancre à 4 988 résiste mieux qu'une ancre à 5 000, et les gens s'en éloignent moins quand ils ajustent. Le cerveau interprète un chiffre précis comme le fruit d'un calcul réfléchi, donc plus difficile à contester.
Une étude de Todd S. Thorsteinson (2021, Journal of Theoretical Social Psychology) précise le mécanisme et lève un doute courant : à travers 3 expériences, une première offre à un chiffre précis, par exemple 4 983 €, déclenche des contre-offres plus basses qu'un chiffre rond comme 5 000 €, et l'effet tient même quand l'autre partie sait que la précision est une tactique. Ce qui déplace le prospect, ce n'est donc pas seulement le niveau du chiffre, c'est sa précision, et elle résiste à un interlocuteur averti. Il y a quand même un arbitrage à connaître : un chiffre rond se fait accepter plus vite mais provoque moins de marchandage, un chiffre précis invite à négocier tout en abaissant la contre-offre. Concrètement, annoncer 2 970 € plutôt que 3 000 € ancre plus fort et signale au passage que tu as posé un prix réfléchi.
L'intuition va à l'envers de la pratique courante. On a tendance à arrondir « pour faire propre », à dire « environ 3 000 euros de résultat », « à peu près 5 000 de tarif ». Or l'arrondi affaiblit l'ancre : il sonne approximatif, donc négociable. Un chiffre précis, « 4 880 euros », « 3 240 euros de gain moyen », sonne mesuré, sérieux, non négociable, et il ancre plus fermement la perception.
Applique la précision à tes chiffres forts, sans jamais inventer. Si ton résultat moyen est de 3 200 euros, dis 3 200, pas « environ 3 000 ». Si ton accompagnement a aidé 47 personnes, dis 47, pas « une cinquantaine ». Ces chiffres précis paraissent plus crédibles et plus solides que leurs versions arrondies, et ils résistent mieux quand le prospect essaie mentalement de les rabaisser.
Attention à la limite éthique, qui est la même partout : la précision doit être vraie. Inventer un « 4 988 » bidon pour faire sérieux serait un mensonge, et un mensonge se paie. Mais si tes vrais chiffres sont précis, ne les arrondis pas par réflexe : tu affaiblirais gratuitement des ancres solides. La précision honnête est un cadeau que beaucoup jettent sans le savoir en arrondissant.
Les chiffres que le prospect pose, lui aussi§
Le prospect aussi sème des chiffres, et certains sont des ancres qu'il te tend, parfois pour te piéger. « J'ai un budget de 1 000 euros », « j'ai vu ça à 300 ailleurs », « je veux des résultats en 2 semaines ». Chacun de ces nombres cherche à devenir la référence de la conversation. Si tu construis ta réponse à partir de son chiffre, tu valides son ancre et tu joues sur son terrain.
La parade est la même que pour le prix : ne combats pas son chiffre frontalement, remplace-le par un plus juste. À « j'ai un budget de 1 000 », ne réponds pas « c'est un peu plus », mais re-ancre : « avant de parler budget, ce problème te coûte combien par mois ? ». Tu déplaces l'ancre de son petit budget vers le grand coût de son problème, et la conversation change de référence.
Sois particulièrement vigilant sur les chiffres de délai qu'il pose. « Je veux des résultats en 2 semaines » est une ancre de temporalité irréaliste qui te piégera si tu l'acceptes. Re-ancre avec le vrai rythme : « les résultats durables prennent en général 90 jours, et voici pourquoi ». Tu remplaces son ancre de délai par la tienne, plus honnête, avant qu'elle ne devienne la promesse impossible sur laquelle il te jugera.
Le principe qui résume tout : dans un appel, il y a toujours une bataille silencieuse pour savoir quels chiffres serviront de référence. Celui qui pose les ancres mène la danse. Ton travail, c'est de poser tes chiffres forts en premier, et de remplacer calmement les ancres basses du prospect par des ancres plus justes, sans jamais les valider ni les combattre de face.
Utiliser tout ça honnêtement§
Comme pour l'ordre des offres et la carte, la question morale mérite une réponse nette. Choisir quels chiffres poser et dans quel ordre n'est pas manipuler, tant que tous tes chiffres sont vrais. Tu ne inventes rien, tu ne gonfles rien : tu décides simplement de mettre en avant, en premier, tes chiffres réels les plus parlants, plutôt que de les enterrer ou de commencer par ceux qui te desservent. C'est de la mise en valeur honnête.
La ligne rouge est claire : inventer un résultat, gonfler un nombre de clients, citer un « 3 200 euros de gain » que personne n'a jamais obtenu, c'est mentir, et ça se retourne toujours contre toi. Un prospect qui découvre après coup que ton chiffre était bidon ne revient jamais, et il le raconte. Tes ancres ne valent que si elles tiennent à la vérification. Des chiffres vrais, bien choisis et bien ordonnés, suffisent amplement.
Il y a même une raison de bien faire ça qui sert le client. Le prospect a besoin de repères pour décider sereinement. En lui donnant tôt les bons chiffres, ton meilleur résultat, le coût réel de son problème, la vraie durée, tu l'aides à juger ton offre à sa juste valeur, au lieu de le laisser flotter dans le flou où il jugera mal. Poser les bons chiffres, c'est aussi lui rendre service.
Retiens la nuance qui traverse toute cette série sur la présentation : la technique est neutre, l'intention fait tout. Choisir ses chiffres pour aider le prospect à voir clair et décider juste, c'est du bon travail. Les choisir pour lui faire croire du faux, c'est de la manipulation. Reste du bon côté, garde tes chiffres vrais, et tu peux les ordonner sans aucun scrupule.
Le verdict§
Le premier chiffre que tu prononces cadre tout l'appel, et ça ne vaut pas que pour le prix. N'importe quel nombre pertinent, un résultat, un délai, un volume, devient la référence à laquelle le prospect juge le reste. Le premier chiffre que tu poses tire toute son estimation vers lui, c'est un des effets les mieux répliqués de la psycho (d≈0,88), et les chiffres précis ancrent plus fort que les ronds. Un chiffre sorti au hasard, lui, n'ancre pas : ce qui compte, c'est de poser en premier un chiffre ambitieux mais crédible. Chaque nombre que tu poses est une décision, et le premier compte pour beaucoup plus que les autres.
Alors arrête de ne soigner que ton prix. Choisis quel chiffre tu poses en premier, et pose ton meilleur résultat avant ton tarif, pour ancrer la valeur avant le coût. Sois précis plutôt que rond, garde tes chiffres vrais, et ne laisse jamais le prospect ancrer bas à ta place : remplace ses petits chiffres par de plus justes. Sur un appel, celui qui pose les ancres mène la danse. Décide d'être celui-là.
Tu vois le mécanisme. Voilà par où on continue, chiffres à l'appui :
« Je ne suis pas mes chiffres » → la compta de tes appels
« Mon vrai souci, c'est pas les leads ? » → la démonstration par l'arithmétique
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Non, tous les chiffres que tu poses s'ancrent. Le premier nombre que tu prononces, qu'il s'agisse d'un résultat, d'un délai, d'un volume ou d'un prix, devient la référence à laquelle le prospect juge tout le reste (ancrage, Kahneman et Tversky). Réserver toute ton attention au prix et lâcher les autres chiffres au hasard est une erreur : un bon résultat cité tôt rend ton prix rentable, un chiffre qui trahit un manque cité tôt plombe toute la suite.
Le chiffre le plus valorisant et le plus grand que tu puisses honnêtement citer, pour poser une ancre haute de valeur. En général, c'est ton meilleur résultat client (« mes clients gagnent 3 200 € de plus par mois ») ou le coût du problème que tu résous, jamais ton prix nu ni une limite de ton expérience. L'ordre idéal descend du plus valorisant au plus engageant : résultat, puis coût du problème, puis fourchette de prix, puis prix ferme.
Oui, à condition que ton chiffre soit crédible. L'ancrage standard, où le prospect compare son estimation à un premier chiffre pertinent que tu poses, est un des effets les mieux répliqués de la psycho (méta-analyse de Schley et Weingarten 2024, d≈0,88), et il touche aussi les experts. En revanche, un chiffre sorti au hasard, sans rapport avec ce que tu vends, n'ancre pas de façon fiable (Shanks et al. 2020), et les vieilles histoires de dés ou de numéros de sécurité sociale ont été largement surestimées (Li et al. 2025). Donc oui, tes chiffres influencent ton prospect même averti, tant que tu poses un chiffre ambitieux mais défendable.
Plutôt non, pour tes chiffres forts. Janiszewski et Uy (2008) ont montré que les chiffres précis ancrent plus fort que les ronds : une ancre à 4 988 tient mieux qu'à 5 000, parce que le cerveau la prend pour le fruit d'un calcul réfléchi, donc moins négociable. Si ton résultat moyen est de 3 200 €, dis 3 200, pas « environ 3 000 ». La seule condition : que le chiffre précis soit vrai. Arrondir par réflexe affaiblit gratuitement des ancres solides.
Analyse construite à partir de coachs et consultants ayant réordonné les chiffres de leur présentation, croisée avec la recherche sur l'ancrage standard (Kahneman & Tversky ; méta-analyse de Schley & Weingarten 2024, d≈0,88), les limites des ancres au hasard ou hors-sujet (Shanks et al. 2020 ; Li et al. 2025) et la précision des ancres (Janiszewski & Uy). Les graphiques illustrent le mécanisme, sans chiffre inventé.
Tversky, A. & Kahneman, D. (1974), « Judgment under Uncertainty », Science : l'ancrage, on part du premier chiffre disponible et on ajuste trop peu.
Schley, D. R. & Weingarten, E. (2024), Management Science : méta-analyse de 2 601 tailles d'effet, l'ancrage standard sur un chiffre pertinent mesure d≈0,88, robuste même après correction du biais de publication.
Shanks, D. R., Barbieri-Hermitte, F. & Vadillo, M. A. (2020), Collabra: Psychology : 3 études, aucune preuve qu'un chiffre incident, hors-sujet ou au hasard biaise les estimations de prix (effet nul).
Li, X. et al. (2025), Economic Inquiry : en repassant une étude d'ancrage d'une puissance de 46 % à 96 %, l'effet chute de 31 % à 3,4 % (IC à 95 % incluant zéro) ; les effets type dés ou juges sont surestimés d'un facteur 2 environ.
Englich, B., Mussweiler, T. & Strack, F. (2006), « Playing Dice with Criminal Sentences », Personality and Social Psychology Bulletin : anecdote historique de juges ancrés par un lancer de dés ; la version « chiffre totalement au hasard » ne réplique pas (voir Li et al. 2025).
Petrowsky, H. M. et al. (2025), Organizational Behavior and Human Decision Processes : méta-analyse de 90 études, 374 expériences et près de 16 000 participants ; dans 81 % des négociations, une première offre plus haute améliore le résultat final, mais une offre trop agressive augmente les ruptures et dégrade la relation.
Janiszewski, C. & Uy, D. (2008), « Precision of the Anchor Influences the Amount of Adjustment », Psychological Science : les chiffres précis ancrent plus fort que les ronds.
Garcia-Marques, L. et al. (2023), Brain and Behavior : l'ancrage reflète en partie un biais de réponse plus qu'un vrai déplacement de l'estimation interne, cohérent avec l'accessibilité sélective.
Corpus original : coachs et consultants ayant réordonné les chiffres de leur présentation (résultat avant prix), effet sur la perception du tarif (données de terrain Académie Sales).
Thorsteinson, T. S. (2021), « Knowledge of precise offers as a negotiating tactic does not reduce its effect on counteroffers », Journal of Theoretical Social Psychology : à travers 3 études, une première offre à un chiffre précis (ex. 4 983 €) déclenche des contre-offres plus basses qu'un chiffre rond (5 000 €), et l'effet persiste même quand l'interlocuteur sait que la précision est une tactique (la perception d'équité jouant le rôle de médiateur).
Schweinsberg, M. et al. (2023), « Understanding the first-offer conundrum: How buyer offers impact sale price and impasse risk in 26 million eBay negotiations », PNAS : sur 26 millions de négociations eBay réelles, l'offre initiale de l'acheteur ancre linéairement le prix final vers le bas tandis que le risque d'impasse suit un effet non linéaire (quartique), le prix se réglant bien plus près de l'offre de l'acheteur (concession de 13,56 %) que du prix affiché (concession de 86,44 %), l'offre optimale tournant autour de 80 % du prix demandé.
Ames, D. R. & Mason, M. F. (2015), « Tandem Anchoring: Informational and Politeness Effects of Range Offers in Social Exchange », Journal of Personality and Social Psychology : certaines offres formulées en fourchette améliorent les termes du deal sans coût relationnel, via un double effet informationnel (les deux bornes signalent le seuil de réserve) et de politesse (contrer sous la fourchette paraît impoli).